Du 9 au 11 décembre, la 32e édition du festival a accueilli des musiciens venus de dix-sept pays et a permis de faire de belles découvertesAFP/DAMIEN MEYER
Rennes Envoyé spécial - Parmi les signes distinctifs qui font des Trans Musicales de Rennes un festival à part, il y a, depuis toujours, la capacité du programmateur en chef, Jean-Louis Brossard, de voyager au-delà des territoires obligés du rock américain et britannique.
Le cofondateur de l'événement breton se souvient ainsi de l'émotion de Bo Diddley, monument historique du rock'n'roll, découvrant, en 1989, Onipanua, chanteur de rue ghanéen qui faisait sa première partie, ou de l'accueil chaleureux réservé à Rizwan et Muazan, neveux du chanteur pakistanais, Nusrat Fateh Ali Khan, avant les rappeurs de Public Enemy.
Du 9 au 11 décembre, ce sont pas moins de dix-sept pays qui fournissaient l'affiche de la 32
e édition des Trans Musicales, témoignant de la mondialisation des musiques dites "actuelles" et de la fertilité de leurs métissages.
Avant de faire oeuvre festive, certains de ces artistes se sont faits pédagogues en participant, en début d'après-midi, à des conférences. Les Suisses cajuns de Mama Rosin illustraient ainsi la thématique "comment une musique s'offre une autre vie hors de son territoire d'origine", l'Américano-Ghanéen Blitz the Ambassador, celle de "comment le hip-hop se régénère en puisant dans ses racines", et les Colombiens de Systema Solar, celle de "comment l'électronique renouvelle les musiques d'Amérique latine", après avoir joué la veille à la prison pour femmes de Rennes.
Pour passer de la théorie à la pratique, on pouvait déambuler dans les immenses hangars du parc des expositions accueillant, en banlieue rennaise, l'essentiel du festival. Le 9 novembre, l'expérience franco-malienne de Donso tentait de réchauffer ce cadre en mêlant les boucles d'instruments africains traditionnels, comme le n'goni ou la cora, aux rythmes électro distillés par Krazy Baldhead. Une confrontation qui, malheureusement, manquait d'audace, contrairement à celle proposée le lendemain dans la beaucoup plus conviviale salle de la Cité, par les Californiens de Dengue Fever.
Composé, entre autres, d'un guitariste barbu à la ZZ Top, d'un immense bassiste noir, d'un saxophoniste à la "Muppet Show" et d'une petite chanteuse cambodgienne aux maquillage, robe et verroterie de cabaret, le groupe imagine une fantaisie rock exotique chantée en khmer. Au-delà de l'anecdote, on s'amuse de ce kitsch psychédélique s'excitant avec énergie.
Une origine étrangère n'oblige pas à des recours identitaires. L'immense majorité des groupes fran?ais programmés chantent ainsi en anglais sans s'affranchir de leurs modèles anglo-saxons. L'orthodoxie rock n'est pas non plus bousculée par les Danois de Lars & the Hands of Light. Et on ne mesure pas bien si l'originalité de Connan Mockasin tient à ses origines néo-zélandaises. Cet intrigant blondinet à la coupe clo-clo, aux aigus dignes de Christophe et à la guitare (une Stratocaster bleue imitant un modèle Vox Teardrop) à l'onirisme fluide a été une des révélations des Trans 2010. Avant que son album, Forever Dolphin Love, publié en France le 14 mars prochain, devienne celle de 2011 ?
Si Egyptian Hip Hop est un groupe faux ami - ces Américains produisant en fait un funk rock reptilien et sensuel -, Stromae peut se ranger dans le belgian rap. Rare phénomène discographique de 2010 (les tubes Alors on danse et Te Quiero), ce Bruxellois de mère belge et de père rwandais n'avait jamais fait de scène avant que les TransMusicales lui proposent de créer son spectacle en résidence au Théatre de l'Aire libre.
Malgré la singularité de sa forme - paroles dépressives scandées sur fond de dance music -, le concept de son album trouve vite les limites du pathos et de la monotonie. Sa "belgitude" y est affichée dans sa fa?on de piocher dans les rythmes du new beat (style de dance music particulièrement populaire en Belgique), et des textes dont les vibratos dramatiques doivent aussi beaucoup à Jacques Brel.
Joliment scénographié par le collectif AntiVJ, accompagné par deux faux andro?des, ce gar?on au corps dégingandé, au visage androgyne, à la chemise rose et au noeud papillon impose pour ces premiers concerts une présence inattendue, des images atypiques et pas mal d'autodérision.
see more
Montres